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Les races domestiques ( vache, porc, mouton) qui peuplaient jadis nos campagnes ont été sacrifiées sur l’autel des rendements agricoles, les économistes ne les jugeant pas assez rentables. Mais a-t-on chiffré le coût de la disparition du stock de gènes cachés dans une population de brebis qui s’éteint ?

Pour le quarantième anniversaire de l’institut national de recherche agronomique ( INRA) en 1986, JC Flamant, directeur de la station de Toulouse a offert au maire de la ville un couple des célèbres oies de Toulouse, pour attirer son attention sur la disparition des races domestiques de nos campagnes. La réponse ne se fit pas attendre, d’autant que l’on ne pouvait supporter de voir disparaître l’un des emblèmes régionaux : c’est ainsi que naquit le Conservatoire du patrimoine biologique régional Midi Pyrénées. L’objectif de cet organisme est de sauvegarder non seulement les palmipèdes mais aussi une dizaine d’autres races régionales, de la vache Casta au porc gascon en passant par le cheval Mérens.

Ce qui vaut pour la région Midi Pyrénées est vrai pour l’ensemble de la France et pour tous les pays industrialisés. En effet, la modernisation de l’agriculture après la Seconde Guerre Mondiale s’est traduite par une intensification de la production. Celle-ci n’a pu se faire qu’au prix de la spécialisation des troupeaux ( vaches à lait ou à viande). Aujourd’hui , l’agriculture “  ne mène plus la vache au taureau ”, c’est le vétérinaire qui insémine artificiellement les reproductrices à l’aide de paillettes de semence conservées dans les cuves réfrigérées des coopératives. Les veaux sont élevés en batterie, et les poules pondeuses sont emprisonnées dans des cages exiguës de 25 centimètres sur 50. Résultat : les quelques races bien adaptées à ces conditions de production industrielle ont supplanté la quasi totalité des autres. L’exemple le plus flagrant concerne l’espèce bovine : trois races constituent à elles seules les trois quarts du cheptel français : la Holstein ( 45%), la Charolaise ( 15 %) et la Normande ( 15 %). Si l’on y ajoute la Monbéliarde (9%) et la Limousine ( 5,5%), on atteint près de 90 % du cheptel français.

L’uniformisation du troupeau bovin provoque clairement la disparition de nombreuses races régionales ou au moins leur déclin. Sont d’ores et déjà portées disparues, entre autres, la race bordelaise et celle du Mézenc en Ardèche. Dans l’antichambre des grands malades se trouvent dix sept autres races régionales dont un tiers ne dépasse pas la centaine d’individus. Si aucun plan de sauvetage d’urgence n’est mis au point, toutes ces races disparaîtront de nos campagnes d’ici l’an deux mille. L’alerte est d’autant plus grave que les vaches ne sont pas les seules concernées. Les équidés comme les caprins et les ovins sont aussi sur la pente fatale.

Entre le début du siècle et 1988, le nombre total de chevaux en France a diminué de 90 % passant de 3 millions à 331500 individus. Les plus menacés sont les races de chevaux lourds, telles que le Percheron, le Boulonnais ou le Cob. Les neufs races de chevaux de trait français ont perdu les trois quarts de leurs effectifs en raison de la motorisation de l’agriculture au début des années cinquante. En revanche, la popularité des courses et l’essor de l’équitation sportive ou de loisir ont dopé la progression de races comme l’Anglo-arabe, le Selle Français, le Trotteur. Ce développement a permis au cheptel de chevaux, toutes races confondues, de progresser de 22 % entre 1979 et 1988.

Dès les années soixante, de nombreux experts de la FAO ( organisation des nations unies pour la nourriture et l’agriculture) s’alarmaient de la “  forte réduction des types génétiques exploités ”. En France, cette prise de conscience s’est manifestée au début des années nonante au sein de la Société d’Ethnozootechnie. Son premier programme de sauvetage concerna la race ovine solognote.

Mais au fait, pourquoi s’évertuer à préserver ces races régionales ? Est-ce simplement pour éviter de rencontrer un jour à chaque coin de prairie des vaches toutes identiques ? Il s’agit bien plus que d’une simple question d’esthétique. Car, lorsqu’une race s’éteint, elle emporte dans sa tombe des milliers d’informations portées par les gènes de ses chromosomes. A la manière d’un formidable dictionnaire qui serait spécifique à chaque race, les gènes définissent aussi bien la couleur du pelage que la quantité de graisses dans les cellules. C’est en sélectionnant certaines “  pages du dictionnaire ” au fil des générations que les généticiens modèlent les performances de l’animal ( quantité de lait produite, qualité de la viande...) en fonction des attentes du marché. Si  le patrimoine génétique d’une seule race n’y suffit pas, les généticiens puisent même dans le “  dictionnaire ”  de plusieurs races en les croisant. Par exemple, les porcs vendus sur le marché européen sont issus du croisement de quatre races ( deux races de truies, Landrace et Large White, et deux races de verrats, Piétrain et Landrace Belge).

Qui nous dit que dans vingt, trente ou deux cents ans l’agriculture moderne n’aura pas besoin de retrouver un gène enfoui chez la vieille race de brebis lourdaise ou un autre caché dans les chromosomes du porc gascon ? C’est d’ailleurs le principal argument des défenseurs des races en voie de disparition.

Mais n’est-il pas déjà trop tard ? Pour les races disparues, la perte en gènes est totale et irrémédiable. Mais avant même d’arriver à ce point de non retour, deux fléaux menacent actuellement les races reliques. Les risques de consanguinité et la dérive génétique.

La consanguinité, c’est-à-dire la reproduction entre parents très proches, apparaît lorsque l’effectif d’une population animale descend en dessous de cinq mille individus. Ce phénomène favorise l’émergence de tares génétiques. Car ces tares ( absence de poils chez le veau, hémophilie chez le chien, malformations diverses) sont souvent des caractères récessifs : Ils apparaissent chez un individu dont les deux parents ( qui eux sont sains) ont le gène défectueux.

La réduction des effectifs d’une race entraîne, en outre, une perte de diversité génétique au fur et à mesure que des caractères disparaissent à la mort des individus porteurs des gènes correspondants. C’est la dérive génétique, d’autant plus prononcée que l’effectif de la race est faible. En effet, un caractère génétique ( pelage blanc, par exemple) présent chez seulement  dix pour-cent des individus d’une race, risque moins de disparaître dans une population de dix mille animaux que dans un troupeau réduit à une centaine de têtes. De nombreuses races régionales ont déjà subi une importante dérive génétique.

Le seul moyen de stopper cette hémorragie de gènes consiste à accroître l’effectif de la population, sans faire appel pour autant à des géniteurs trop apparentés, ce qui entretiendrait la consanguinité. Si les zootechniciens sont capables de relever un tel défi, leur réussite dépend toutefois de la collaboration des agriculteurs qui, compte tenu des rendements imposés, ne sont pas très enclins à transformer leurs prairies en musées vivants.

Le devenir des races domestiques est toujours lié à l’histoire de notre société. Comme en témoigne l’évolution de la race de mouton mérinos en France sous Napoléon : Il favorisa cet élevage pour habiller de laine son armée. Plus près de nous, dans les années cinquante, certaines races ont même constitué des enjeux électoraux. Ce fut le cas de la Ferrandaise du Puy de Dôme ( il en reste 196) qu’un conseiller général de l’époque présentait comme l’emblème de la France. Aujourd’hui, les agriculteurs n’ont plus le même poids électoral et l’agriculture s’est mise à l’heure européenne. Serait-ce le glas des races régionales ?