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Libération des poules

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Des poules toutes pimpantes qui picorent du grain parmi l’herbe tendre et pondent de beaux œufs frais. Vous en avez rêvé ? L’Europe l’a fait ! Finies les cages métalliques de 45 cm sur 50 où peuvent s’entasser jusqu’à cinq poules pondeuses, chacune ayant l’espace d’une feuille A4. Au rencard les clapiers inclinés afin que les œufs glissent sans se briser jusqu’à des tapis roulants de collecte qui condamnent les gallinacés à constamment bloquer leurs pattes et provoquent fractures et inconfort. Près de 300 millions de poules européennes seront, à terme, “ libérées ”.


Les ministres européens de l’Agriculture ont pourtant résisté longtemps. Mais le 15 juin 1999, ils ont fini par céder aux protecteurs des animaux : leur directive prévoit qu’à partir de 2012, toutes les poules pondeuses devront vivre en groupe, soit au sol ou sur perchoirs  soit dans des cages agrandies (750 cm2 par poule) et “  enrichies ” d’un nid, un perchoir, une litière, une mangeoire et un abreuvoir. Les éleveurs seront, en outre, priés de baisser le son des souffleries et des machines, d’ouvrir plus souvent les volets pour que pénètre la lumière du jour et de faire davantage le ménage.…Dans le sillage de la crise de la “ vache folle ”, les consommateurs ne veulent plus seulement manger mieux et  sain: ils exigent aussi de manger "digne", sans faire souffrir inutilement le bétail.


Veaux, vaches, cochons, poules et poulets, animaux à fourrure, transport... : depuis cinq ans, en Europe, toutes les filières d'élevage intensif sont passées au peigne fin du bien-être animal. Les rapports scientifiques se multiplient, les recommandations se succèdent, et les premières directives tombent. Avec des résultats d'ores et déjà paradoxaux.

 UNE RÉVOLUTION CULTURELLE


Car non seulement le bien-être animal apparaît chose bien difficile à mesurer, mais améliorer les conditions d'élevage ne garantit pas toujours le mieux-être des bêtes. Un pavé dans la mare des bons sentiments. Le cas des gallinacés est exemplaire. “ Une fois mises en groupe, les poules deviennent souvent agressives et se piquent à coups de bec ”, révèle François Porin économiste des filières d'élevage à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) d'Ivry  Certes, ces "piquages" ne sont  pas tous d'infâmes agressions; ils témoignent aussi de rituels sociaux, comme le toilettage mutuel. “ C'est vrai, mais sous la pression du nombre et des conditions d'élevage intensif , chaleur, bruit, impossibilité de picorer et de gratter au sol, carence en  acides aminés... , les piquages jusqu’au sang sont légion. Ils peuvent même dégénérer en pur cannibalisme! ”, reconnaît Jean-Michel Faure, de la station de recherches avicoles à l’Inra de Tours. Les plus teigneuses ne sont en général qu’une poignée, mais leur hystérie est contagieuse.


Que ces désastreuses conséquences surviennent chez les poules en batterie n'étonne guère. Mais à l'air libre! En France, ce sont plus de deux millions de pondeuses qui sont déjà élevées en plein air (de 2,5 à 3 M 2 par poule), en "libre parcours" (10 m2  par poule) ou en filière biologique (de 3 à 3,5 M 2 par poule). Comment ces élevages améliorés règlent ils le problème du piquage des poules? “ Ils leur coupent le bec! Sinon, ils enregistrent une mortalité impressionnante, que seul le prix plus élevé des œufs vient compenser, répond Jean-Michel Faure. Depuis 1992 que les Suisses ont adopté l'élevage en groupe, ils pratiquent ainsi le débéquage. Mais en Suède, cette mutilation  est jugée cruelle et on lui préfère les cages enrichies. ”C'est que le bec, organe précieux chez la poule pour picorer, fouiller le sol et communiquer avec ses congénères, est richement innervé, donc sensible. Pour limiter ce piquage, l'équipe de Tours travaille actuellement, avec la profession avicole, sur la sélection d'une souche de pondeuses moins "piqueuses". Des expériences d'élevage de poules en petits effectifs tendraient aussi à réduire le problème. Au risque d'une moindre rentabilité...


Ce paradoxe de la libération des poules se répète pour d'autres espèces domestiques. Au point de constituer aujourd'hui une sérieuse épine pour tous ceux qui, en Europe, veulent améliorer la condition animale dans les élevages. Un souci qui va pourtant grandissant. En France, l'Inra  a même initié depuis décembre 1998 un programme transversal sur le bien-être animal, baptisé AGRI Bien-être  . Encore en marge des départements de production, il mobilise une trentaine de chercheurs de différentes disciplines, ainsi que plusieurs instituts et universités. Au menu: en savoir enfin plus sur la douleur et les émotions ressenties par les animaux, mais aussi sur les critères d'évaluation de leur bien-être. De premières conclusions ont été rassemblées dans un livre ... qui fait des vagues dans le monde des zootechniciens.  “ On ne cherche plus seulement à adapter l'animal au système industriel, comme cela s'est fait jusqu'ici, mais on souhaite partir de la perception et des émotions des animaux pour mieux adapter les élevages ”, explique l'un des animateurs du réseau AGRI, Robert Dantzer, docteur vétérinaire de l'Inra  et directeur de l'unité de recherches de neurobiologie intégrative  à l'Inserm  de Bordeaux. Un total renversement de perspective aux allures de révolution culturelle. Laquelle ne va pas sans doutes ni tensions. Car pris en tenaille entre les professionnels de l'élevage et l'opinion, les scientifiques sont sommés d'évaluer "objectivement" la souffrance animale et son bien-être. Loin de tout anthropomorphisme et des pressions économiques.  Périlleux! De fait, les animaux ne parlent toujours pas et décoder ce qu'ils vivent et ressentent exactement reste délicat. Familier autant qu'étrange,  leur univers mental demeure une énigme pour l'homme. Essayons néanmoins de cerner ce bien-être en question. Serait-il synonyme d'une bonne santé physique? On est vite tenté de répondre oui. L'absence de maladies, d'invasion de pathogènes, de plaies, de coupures ou encore de pelade, autant de signe d’un certain bien-être. Mais au vrai, il faut plutôt inverser le raisonnement : c’est la présence de toutes ces pathologies qui serait le signe d'une mauvaise adaptation de l’animal  à son environnement...


En outre, la souffrance physique n'est pas tout : l'animal souffre aussi psychiquement et l'oublier, c'est occulter une partie du problème.

DES ÉLEVEURS AUSTRALIENS JOUENT SUR LA RELATION AVEC L’ANIMAL


Faut-il alors chercher dans les performances zootechniques les traces d'un épanouissement du bétail? C'est, à peu de choses près, la réponse des instituts techniques d'élevage. Un peu court, fait remarquer Robert Dantzer. Car “ ces performances zootechniques se mesurent au niveau d'un lot et non d'un individu; or, le bien-être est un phénomène individuel et non collectif ”. Des travaux norvégiens de 1977 chez les porcs montrent, par exemple, que des performances "normales" sont atteintes avec un pourcentage d'animaux souffrant de faiblesse des pattes et de troubles locomoteurs (de l'ordre de 14 à 20,5 % chez les truies). Plus récemment, des études publiées par le Comité scientifique de la santé et de la protection animale (CSSPA), créé par la Commission de Bruxelles en 1997, signalent qu'une vache laitière sur deux souffre de boiterie et qu'elles connaissent, presque dans la même proportion, un épisode de mammite (inflammation des pis) dans leur courte vie de production, pourtant prolifique...


Il n'empêche! Certaines études témoignent d'un lien entre amélioration de la condition animale et productivité : en Australie, des centres techniques prétendent obtenir une viande plus tendre et, en moyenne, un porcelet supplémentaire par truie et par an, du seul fait de mettre l'accent sur la relation homme-animal dans la formation des éleveurs...


La physiologie, seule, ne permet pas davantage une rigoureuse évaluation du bien-être des animaux. Certes, l'absence de stress peut servir d'étalon de mesure, en analysant dans le sang, les urines ou la salive les dosages de cortisol et des catécholamines (adrénaline et noradrénaline) libérés en réponse au stress par le cortex surrénalien. Les physiologistes ont ainsi pu mettre en évidence l'impact désastreux qu'avaient l'isolement des animaux domestiques, leur introduction dans un nouvel environnement, la privation brutale de nourriture, l'exposition à une température élevée, etc.

DES SONAGRAMMES POUR ÉVALUER LA DOULEUR DE LA CASTRATION


“ Le problème, tempère Robert Dantzer, c'est que cette réponse cortico-surénalienne à un stress s'atténue rapidement, si bien qu'elle n'est observable qu'à court terme. En outre, dans les situations de stress chronique, comme chez les truies à l'attache ou les veaux en case, cette réponse hormonale est beaucoup moins nette et fiable. ” Qui plus est, il est arrivé qu'elle concerne davantage des animaux élevés en groupe que des bêtes isolées et entravées... D'autres hormones témoignent également de stress, mais leur dosage s'avère difficile. Bref, le “stressomètre ” universel n'existe pas! Sans compter qu'une forte concentration hormonale de stress ne signifie pas nécessairement une souffrance mais, peut-être, une réaction individuelle particulièrement forte à une situation. A l'inverse, son absence n'est pas toujours le signe d'une parfaite sérénité.


Reste les critères comportementaux. Subtils, ils sont malaisés à interpréter et à quantifier. A preuve les cris aigus qu'entraîne la castration chez le porcelet. Pour une oreille non exercée, ces cris ne paraissent pas plus intenses que ceux des cochons à qui l'on fait une injection. Des sonagrammes ont pourtant révélé, en 1998, que la castration donne lieu à des vocalisations dont la fréquence est plus élevée et qui augmente au moment des étapes certainement les plus douloureuses de l'opération, à savoir l'incision du scrotum, l'extraction du testicule et la section du cordon. Une même difficulté se retrouve pour interpréter les stéréotypies, ces mouvements à peine ébauchés que répètent inlassablement les animaux dans les élevages ou les zoos. Que conclure de ces mordillements de corde par les vaches, du mâchonnement des barreaux de leur box par les truies, voire des piquages compulsifs chez les poules? Habitude? Ennui? Souffrance plus profonde? Pathologie grave? Les experts se perdent en conjectures... Du coup, les éthologistes préfèrent chercher dans une autre direction.

UNE RÉPONSE ANIMALE DÉROUTANTE


L'idée est de demander à l'animal lui-même d'exprimer ses choix pour apprécier où et comment se situent ses priorités. Un exemple, raconté par Robert Dantzer: l'importance de l'éclairage pour les animaux, souvent logés dans des bâtiments obscurs afin de réduire leur agressivité... et les factures d'électricité. Si on donne à des porcs à l'engrais l'accès libre à un interrupteur marche/arrêt, la lumière reste allumée de 70 à 80 % du temps. Luxe ou nécessité? Si l'on remplace maintenant l'interrupteur par une minuterie, les animaux s'octroient de la lumière pendant quelques minutes, puis se désintéressent du bouton poussoir... Comme quoi ces tests sur les goûts et les aversions animales sont loin d'être une science exacte! L'animal peut baser ses choix sur d'autres préoccupations que les conçues par l'expérimentateur, il peut refuser l'alternative proposée, ou répondre de façon aléatoire. On le voit, aucune de ces approches n'est, à elle seule, satisfaisante pour évaluer le bien-être animal. Les chercheurs doivent les croiser multiplier les critères. Mais aussi approfondir l'étude des émotions et des capacités cognitives du cheptel, en particulier dans son milieu de vie (cage et hangar). A ces difficultés méthodologiques s'ajoutent certains résultats bien déroutants. Ainsi , le gavage des oies et des canards ne serait pas si douloureux. De même que la coupe des queues des porcs, pour empêcher que des congénères trop agressifs ne les mordillent, ou encore l ‘épointage des dents, afin d'éviter de blesser les mamelles des truies.

LES ÉLEVEURS REFUSE DE RÉSOUDRE, SEULS, LE PROBLÈME.


“ En gros, les porcelets se débattent et couinent avec force, d'autant plus si ces opérations sont pratiquées sans anesthésie. Mais leur douleur semble peu intense et, surtout, passagère : environ quinze minutes après ces interventions, ils n'ont pas un comportement différent des autres porcelets non traités ”, résume Armelle Prunier, de l'unité mixte de recherche sur le veau et le porc (Inra de Rennes), qui a évalué l'impact de ces mutilations avec ses collègues de l'Institut technique du porc. A plus long terme, ses travaux menés actuellement avec l’école vétérinaire de Toulouse montrent toutefois que les porcelets épointés ont des abcès, leur pulpe dentaire (où passe le nerf) et leur gencive sont souvent abîmées, ce qui doit être douloureux.


Souffrance aiguë ou pas, ces mutilations sont-elles justifiées? “ D'un strict point de vue zootechnique, cela est discutable, avance Armelle Prunier. Lors de notre étude sur l'épointage des dents, nous nous sommes aperçus qu'il n'y avait pas eu de lésions sur les mamelles des truies plus nombreuses ou plus sévères par les porcelets qui avaient conservé leurs dents intactes que par ceux à qui on avait meulé les dents... ” Cette observation faite dans une seule ferme expérimentale doit encore être confirmée à l'échelle industrielle. En attendant, ces mutilations, légales en Europe, continuent.


Au-delà de son évaluation rigoureuse, le bien-être animal butte toujours sur le même écueil : celui de la rentabilité des systèmes de production plus respectueux de l'animal. A juste titre, les éleveurs refusent de résoudre, seuls, le problème.

LES CONSOMMATEURS SONT-ILS PRÊTS À PAYER PLUS CHER ?


Les consommateurs doivent les y aider. Pour l'heure, ceux-ci exigent tout à la fois: des élevages sûrs, naturels, savoureux, sans souffrance, abondants et à bas prix... Mais seront ils prêts à payer plus cher leur steak de charolais pâturant dans les prés ou, comme un sondage de la Sofres de février 1999 l'indique, leurs œufs de poules picorant en plein air (93 % des sondés) ? “ En interviewant des groupes de consommateurs, explique Carine Latouche, à l'Inra  de Rennes, il est apparu que le consommateur semble prêt à consentir un effort financier lorsqu'il en retire un avantage direct pour sa santé ou


son plaisir gustatif. Si cela améliore e plus la vie de l'animal, tant mieux. Si n'est pas le cas, tant pis! ” Même son de cloche au Pays-Bas, où Alison Burrell, professeur associé à l'université de Wageningen, constate que seule une minorité de Néerlandais (de 10 à 15 % selon les produits) est disposée à payer davantage pour des aliments produits sans souffrance animale, et s'y emploie. Une majorité se déclare prête à en faire autant, mais ne le fait pas la plupart du temps. “ Plus qu'un problème d'argent, il semble que leur réticence vient du fait qu'ils ont l'impression d'être les seuls à faire cet effort pour le bien-être animal, alors que leurs voisins se contentent d'acheter bon marché. Si cette impression était confirmée, je pense que des normes minimales s'appliquant à toutes les productions, devant être payées par chacun, seraient largement acceptées aux Pays-Bas. ” Entre désirs et réalité des éleveurs comme des consommateurs, l'épineuse question du bien-être animal reste encore en souffrance.