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La domestication

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La domestication est un des aspects de la transformation de la nature par l’homme, en fonction de ses finalités spécifiques ou individuelles propres. Elle s’inscrit initialement dans le processus général de l’association de certaines espèces animales et végétales avec l’homme ; mais elle s’accompagne progressivement d’une transformation des espèces sauvages dans un sens utile à l’homme. Cela suppose que ce dernier découvre des moyens propres à dominer la biologie nutritionnelle, la biologie de la reproduction et le comportement des espèces envisagées. Ainsi s’instaure une possibilité de contrôle continu de certains facteurs évolutifs.

Fondamentalement, la domestication introduit dans les rapports entre l’homme et l’être vivant des relations plus étendues et plus complexes que n’en établissent les autres degrés de dépendance : commensalisme, parasitisme, symbiose et même apprivoisement

Parmi les espèces animales domestiques, toutes n’ont pas le même intérêt pour l’homme ; toutes ne sont pas élevées de la même façon. Ainsi, deux grands types peuvent être reconnus : les animaux domestiques semi-libres  dont une des vocations principales reste la transformation plus ou moins rapide de ressources végétales en protéines animales ; les animaux domestiques confinés  dont le rôle principal est de servir aux expériences de laboratoire intéressant directement ou non la santé de l’homme.

Faut-il enfin qualifier de domestication l’utilisation par certains insectes, comme les fourmis, de ressources alimentaires d’appoint élaborées par d’autres animaux comme les pucerons, ou plus simplement l’utilisation par d’autres insectes, comme les termites, de champignons tout à fait spécifiques ?


1. Origine et étapes


Étymologiquement, l’animal domestique fait partie d’une « maison » (domus ) et vit sous la domination d’un maître auquel il rend service. Cependant, cette définition n’est pas totalement satisfaisante ; il faut, pour la compléter, à la fois évoquer des états opposés à l’état domestique soit totalement (état sauvage), soit partiellement (apprivoisement, naturalisation, etc.) et préciser les grands processus biologiques en cause dans la transformation des êtres vivants (alimentation, reproduction, évolution dirigées). « Un animal domestique serait alors celui qui, élevé de génération en génération sous la surveillance de l’homme, a évolué de façon à constituer une espèce, ou pour le moins une race, différente de la forme sauvage primitive dont il est issu » . La même définition peut s’appliquer aux végétaux domestiques. Elle ne vaut pas obligatoirement pour les espèces dénommées « domestiques » dans la nomenclature zoologique (la mouche Musca domestica , le moineau Passer domesticus  par exemple).

l’espèce consiLes informations très précises sur l’origine de la domestication sont rares. Cependant, il est hautement probable que cette origine se situe à l’époque néolithique (il y a environ 10 000 ans). Elle se marque par une multiplication massive de certaines plantes et de certains animaux qui deviennent la source alimentaire principale pour l’homme.

Il est difficile d’établir avec certitude la chronologie de la domestication, mais il est probable que celle des animaux  soit postérieure à celle des plantes. L’homme nomade serait d’abord devenu sédentaire ; puis il aurait pratiqué l’agriculture avant l’élevage. Cette règle semble cependant souffrir des exceptions : on s’accorde en effet à considérer que le chien a été domestiqué très tôt par des nomades chasseurs, il y a au moins 10 000 ans ; deux races se distinguent déjà dans le mésolithique danois (8000-6500 av. J.-C.) ; cinq puis sept races à partir de la XIIe dynastie égyptienne. Par ailleurs, la domestication du renne est également le fait de peuples nomades.


Les animaux


Avant toute domestication, il est probable que chaque tribu humaine a possédé ses animaux familiers. Divers auteurs ont placé l’origine de la domestication dans la pratique religieuse ; ils pensent que l’aspect économique n’est apparu que plus tard en complément à cette pratique.

En tout cas, la domestication n’a pu s’effectuer que dans de véritables sociétés d’agriculteurs qui ont fait de l’animal un maillon des chaînes de productivité alimentaire.

Dans beaucoup de peuplades sauvages d’Amérique tropicale et d’Asie du Sud-Est, les femmes nourrissent aisément de leur lait des chiots, des porcelets, des chevreaux ; cette pratique a pu constituer aux temps néolithiques un premier lien entre le jeune animal et l’homme.

Divers auteurs (C. O. Sauer, C. A. Reed, E. B. Hale) semblent s’accorder à reconnaître à l’origine trois centres fondamentaux de domestication :

– l’Asie du Sud-Est  où l’homme sélectionne des plantes à multiplication végétative et des animaux comme les poules, les canards, les oies, les chiens, les porcs ;

– l’Amérique  avec deux centres secondaires : Amérique du Sud  où l’homme sélectionne des plantes à multiplication végétative et des animaux comme les lamas, les alpacas, les cobayes, les canards de Barbarie et l’Amérique centrale  où l’homme devient planteur de graines et domestique les dindons ;

– l’Asie du Sud-Ouest  (de l’Iran à la Jordanie) où l’homme devient planteur puis fermier en même temps qu’il domestique les animaux de troupeaux : chèvres, moutons, vaches, chameaux, chevaux, etc. La figure 2 montre ces diverses origines à partir de quoi s’établit une dispersion graduelle des animaux domestiques.

Le nombre des espèces sur lesquelles la domestication a réussi est peu important. Si certaines espèces autrefois domestiquées ont été abandonnées (diverses antilopes ou gazelles, les chacals, les hyènes ont été domestiqués dans l’ancienne Égypte), les tentatives sont peu nombreuses actuellement (élan européen ou élan du Cap en Sibérie). On ne peut y assimiler l’exploitation présente des ressources végétales par les Mammifères sauvages herbivores, sous le contrôle de l’homme, en Afrique.

On doit cependant souligner la contribution particulière fournie à la domestication par les deux grands groupes des Mammifères artiodactyles et des Oiseaux gallinacés. Ce n’est qu’à l’époque moderne et pour les besoins particuliers des laboratoires que l’homme a élevé des Rongeurs ou des Primates infrahumains, élargissant ainsi le prélèvement spécifique sur la faune. Il faut citer également les Insectes (abeille, ver à soie, drosophile).

Dans la période qui a précédé la Seconde Guerre mondiale, il existait un équilibre entre les ressources naturelles et la valeur numérique du cheptel dans le monde : on y dénombrait 98 millions de chevaux, 600 millions de moutons, 550 millions de bovins, un peu moins de 200 millions de porcs. Mais la répartition de ces animaux était très variable et ne reflétait absolument pas les origines : l’Australie possédait à elle seule plus de 100 millions de moutons (6,5 millions d’habitants), l’Uruguay 8,5 millions de bêtes à cornes (un peu moins de 2 millions d’habitants). Cette inégalité de répartition a conduit à la création d’industries de conservation et de circuits économiques de distribution seconds par rapport à la domestication, mais liés à elle.

Les relations entre l’homme et la plante cultivée puis entre l’homme et l’animal domestique se compliquent au cours du temps et obligent à poser le problème, non seulement en termes écologiques de productivité ou en termes de comportement, mais aussi en termes de rapports économiques dans les sociétés humaines actuelles.

2. Environnement et domestication


Toutes ou presque toutes les espèces sauvages génétiquement apparentées aux espèces domestiques vivent en groupes plus ou moins importants à l’intérieur desquels se manifeste une hiérarchie généralement stricte assurant la cohésion du groupe dans toutes ses activités vitales. Par ailleurs, les jeunes sujets de ces espèces possèdent souvent au plus haut degré des capacités d’apprentissage associatif ou d’« imprégnation » qui s’actualisent en des périodes très brèves du développement. Il est probable qu’à l’origine de la domestication l’homme néanderthalien a utilisé consciemment ou non ces caractères de comportement, créant ainsi entre les animaux et lui un lien très fort de subordination-dominance dont les stimuli signaux étaient d’autant plus stabilisés que les animaux avaient été capturés plus jeunes.

Toutes les caractéristiques de comportement étant égales, les possibilités de domestication dépendent fondamentalement, pour les espèces animales, du maintien de leur fécondité lorsque les conditions de l’environnement changent (C. Darwin, 1875). Ainsi l’impossibilité de reproduction en captivité fait que l’éléphant d’Asie reste une espèce dressée mais non domestiquée. Beaucoup d’animaux, en effet, subissent un profond dérèglement de leurs fonctions neuroendocrines sexuelles lorsqu’ils ne se trouvent pas dans des conditions d’environnement normales. À l’inverse, le peu de susceptibilité à cet égard de certaines espèces domestiquées depuis longtemps permet de pratiquer une fécondation artificielle intensive (récolte du sperme et insémination artificielle des bovins, par exemple).

3. Domestication et évolution des espèces


« L’évolution des plantes et des animaux domestiques diffère de celle des formes sauvages, principalement en ce que la sélection artificielle y remplace la naturelle. Au lieu de s’exercer sur des traits qui favorisent la survivance et la reproduction dans la nature, la pression sélective porte sur ceux qui sont utiles au propriétaire ou à l’éleveur » (T. Dobzhansky).

L’évolution des espèces considérée comme changement morphologique, physiologique ou de comportement accompagné d’un changement de la structure génique de la population, se trouve favorisée dans ses progrès par l’apparition de niches écologiques non occupées. Or les pratiques culturales de l’homme créent effectivement ces nouvelles niches en transformant la nature primaire.

Mais l’homme y ajoute une sélection directrice dans les lignées d’animaux domestiques, bien visible dans ses résultats, par exemple chez les gallinacés (races de chair, races de ponte, races de combat, etc.), les chevaux (races de selle, races de trait, races de trait lourd, etc.), les chiens (races de garde, races de trait, races d’appartement, etc.).

La sélection exercée par l’homme peut produire des effets évolutifs convergents ou divergents. J. Hammond (1941) souligne que la race shorthorn de bovins a fourni une lignée sélectionnée pour sa chair et une lignée sélectionnée pour la production du lait. Le résultat de cette sélection éloigne les deux lignées l’une de l’autre et rapproche davantage, morphologiquement et physiologiquement, la première de la race angus et la seconde de la race frisonne.

Au cours d’une telle sélection, il n’est pas besoin de modifier le patrimoine héréditaire (génotype) : il suffit d’agir souvent sur les caractères morphologiques ou même simplement sur la commande neuroendocrine des comportements. Les anciens Scythes, les Mésopotamiens du IVe millénaire avant notre ère savaient déjà induire le réflexe d’éjection du lait chez les vaches par stimulation mécanique du col utérin ou des mamelles, première étape vers la traite quotidienne en musique qui prolonge la durée et l’intensité de la lactation. De la même manière, enlever les œufs d’un oiseau au fur et à mesure de la ponte accroît la quantité totale émise. La sélection porte seulement, dans ces cas, sur les critères qui rendent l’environnement plus adéquat.

Dans cette sélection dirigée, l’homme transforme ou ignore les barrières géographiques qui, pour une part, isolent les plantes et les animaux soumis à l’évolution naturelle. Mais il va plus loin, brisant l’isolement écologique, saisonnier, éthologique ou morphologique des populations en rassemblant artificiellement les individus de souches différentes d’une même espèce ou en pratiquant la fécondation artificielle et l’élevage interspécifique. Ces procédés accélèrent considérablement les processus de l’évolution naturelle.

Par ailleurs, l’éleveur a aussi recours à l’hybridation pour hâter encore et renforcer la sélection. En effet, les hybrides sont parfois plus résistants que les races pures. Dans de nombreux cas, cependant, la tâche est rendue difficile par le fait que les hybrides sont souvent stériles.

Dans les conditions artificielles où s’établit une telle sélection, divers facteurs aident le travail du sélectionneur :

– La stabilité du milieu artificiel créé tend à réduire la variabilité génétique en éliminant tous les génotypes de l’espèce non capables de répondre à cette stabilité. Ceci a pour conséquence diverses incapacités des animaux domestiques à effectuer eux-mêmes les discriminations vitales (alimentation, choix de l’environnement, etc.).

– Grâce au nombre réduit de partenaires sexuels dans les conditions de l’élevage intensif, on peut sélectionner les individus qui sont les mieux adaptés à l’inbreeding  (reproduction par consanguinité).

– Enfin la sélection artificielle s’accomplit en deux temps : d’abord le choix des parents par l’éleveur, ensuite la persistance des caractères des descendants dans chaque souche.

De tous ces facteurs découlent les différences fondamentales suivantes soulignées par F. E. Zeuner (1958) :

– Alors que, dans la sélection naturelle, l’avantage sélectif appartient à la totalité de l’expression phénotypique – le rôle décisif revenant à de minimes différences physiologiques ou biochimiques –, ce sont, dans la sélection artificielle, les caractères phénotypiques choisis par l’homme qui servent de critère.

– Alors que la compétition interspécifique directe est un aspect important de la sélection naturelle, son rôle est très rare dans la sélection artificielle.

Dans de nombreux cas, l’animal domestique sélectionné a perdu beaucoup des caractères fondamentaux pour la survie de son ancêtre sauvage :

– la couleur du pelage n’ayant plus de signification dans l’environnement se diversifie énormément ; l’homochromie, qui est naturelle pour les animaux sauvages, disparaît ;

– l’animal perd la capacité de courir, soit à cause de son embonpoint, soit à cause de l’absence quasi totale de prédateurs non humains ;

– l’anatomie, la morphologie se modifient, la tendance aux anomalies, avec difformité, est extrêmement fréquente (par exemple c’est le cas des nageoires de certains poissons, des ovaires de la poule, des tétines des vaches) ; il est assez intéressant de voir que la mutation de raccourcissement du museau est apparue – et a été maintenue par l’homme – chez des animaux de diverses espèces (chien, bœuf, mouton, etc.) ;

– les organes des sens peuvent dégénérer ; ceux de l’expression posturale (oreilles, queue) perdent de leur mobilité, donc de leur capacité informative ;

– le temps vital se dérègle.

Par contre, les conditions du confinement font apparaître de nouvelles organisations des schémas de comportement : méthodes particulières de localisation de la nourriture, de la boisson, des partenaires sexuels par exemple ; ou bien des apprentissages en chaîne permettent de donner à de nouveaux éléments du milieu une valeur stimulante qu’ils ne possédaient pas : dans les étables où se pratique la traite électrique, les vaches commencent à laisser couler leur lait dès que les appareils sont apportés à proximité.

Tout ceci reçoit une application particulière dans les divers procédés de « dressage » ou « art d’habituer les animaux à réagir dans des conditions d’excitation différentes de celles dans lesquelles ils agissaient primitivement » (P. Hachet-Souplet).

Dans un milieu qui, en définitive, est moins riche de stimuli variés que le milieu naturel, la plasticité des comportements permet vite le meilleur accord avec l’environnement, mais les possibilités de la sélection peuvent être limitées par d’autres caractères de comportement : c’est ainsi que les lignées du chat sont plus difficiles à isoler que les lignées du pigeon, simplement parce que le couple formé dans la seconde espèce est plus stable, plus permanent que dans la première.

À l’extrême, le milieu devient totalement artificiel (élevages en batteries), ce qui multiplie les stress, souvent fort dommageables pour la santé des animaux, déjà fragilisés par une longue hypersélection. Une recherche physiologique se développe donc pour apporter des remèdes. Mais c’est surtout sous une autre forme que se manifeste le renouvellement des pratiques de la culture et de l’élevage. Jusqu’à ces dernières décennies, l’amélioration des plantes et des animaux ne relevait que des techniques de croisement-sélection employées pratiquement de la même manière depuis les débuts de la domestication. Les progrès rapides de nouvelles technologies  apportent des moyens qui – liés aux banques de gènes en voie de constitution (par exemple recherche de gènes dans les espèces sauvages apparentées aux espèces domestiques) – doivent permettre d’accélérer les processus de sélection tout en accroissant la diversité et en réduisant les coûts de production. À l’extrême de cette tendance et parce que les Procaryotes ont un génome plus accessible à nos moyens actuels, c’est à une véritable domestication des micro-organismes que nous assistons depuis les années 1970.