Il y a quelque douze mille ans, se terminait une période glaciaire qui avait duré des centaines de milliers d'années: pendant des millénaires, notre pays avait été un désert polaire, puis un paysage de toundra, où seul le chasseur primitif pouvait survivre. L'atmosphère ne se réchauffait quelque peu que pendant les périodes interglaciaires, et une certaine végétation maigre pouvait alors se développer, mais elle était immédiatement détruite à la période glaciaire suivante. Puis la température se mit à monter lentement: la calotte glaciaire se retira jusqu'à l'intérieur de ses limites actuelles; le pléistocène aride et si peu accueillant prit fin. Une nouvelle période, fertile, allait commencer: l'holocène, c'est à dire ces dix mille dernières années, au cours desquelles l'homme, de chasseur et pêcheur mésolithique, devint agriculteur néolithique et traversa une période prospère comme il n'en avait jamais encore vécue.
Il fit donc plus chaud: les premiers arbres et buissons, tels que bouleaux et pins, donnèrent un aspect moins aride aux steppes, mais le temps restait trop sec pour permettre le développement d'une flore abondante. Ce n'est que lorsque les précipitations seront plus fréquentes et la température encore plus élevée qu'une énorme 'forêt atlantique' recouvrira l'Europe occidentale: le chêne surtout, l'aune, le bouleau, le noisetier, l'orme et le tilleul connaîtront alors une terrible expansion. C'est dans ce décor que l'agriculture est née en Europe occidentale, environ 4.500 ans avant Jésus-Christ. En fait, c'est vers cette période que les premières formes d'agriculture furent importées du Proche-Orient dans nos régions. Dans ces régions lointaines et plus tard, le long des côtes méditerranéennes, on savait (vers 8000 avant J. C.) semer des plants améliorés à partir de graines sauvages, grâce au procédé de sélection naturelle et à des croisements entre différentes espèces. On y domestiquait également des chèvres et des moutons sauvages et plus tard, des porcins et des bovins. Cette économie rurale amena directement des formes d'établissement permanent dans les régions principalement fertiles. A travers les plaines hongroises, en passant en amont du Danube et en aval du Rhin d'une part, et depuis les régions côtières de la mer Méditerranée, se continuant le long de l'océan Atlantique, cette agriculture atteint nos régions boisées grâce aux migrations et même aux colonisations de populations de plus en plus denses recherch ant de préférence des loess bons à travailler ou encore, grâce aux idées transmises entre des groupes de population se rencontrant. Le chasseur de jadis s'installe alors dans des endroits fixes, sème du grain, réussit à domestiquer quelques bêtes, tisse des fibres végétales pour en faire des vêtements, file la laine, cultive la vigne, fabrique de la bière et construit sa maison en bois, en pierre et en argile. L'agriculteur néolithique, appelé ainsi parce qu'il se servait de couteaux et de haches de pierre polie, parvient donc à s'approvisionner en nourriture de manière plus régulière, ce qui lui laisse le temps de s'occuper de religion, d'art, de commerce, de politique et... de guerre. Bref: il construit une culture. Les traces les plus anciennes connues dans nos régions furent découvertes par De Puydt en 1888, à Tourinne (province de Liège). D'autres éléments de culture sont apparus ensuite principalement en Hesbaye (le long du Geer) et dans le Limbourg néerlandais. Ces premières traces de culture appartiennent à la civilisation à céramique rubanée , qui apporta un bouleversement total dans la vie des habitants des Pays-Bas, qui jusqu'alors n'avaient été que des chasseurs, des pêcheurs ou des bergers solitaires. Ce peuple est en fait, le premier des Pays-Bas qui s'installera de manière permanente, abandonnera l'existence de nomades, cultivera des produits agricoles et vivra en communautés plus étendues. Il conservait les produits de la récolte dans des pots de terre avec des décorations typiques. Les découvertes réalisées à ce sujet révèlent que ces premiers 'paysans' d'Europe occidentale cultivaient déjà différentes céréales (triticum monococcum triticum dicoccum et triticum vulgare ) et élevaient des boeufs, des porcs et des chevreuils. Ce qu'ils ne connaissaient pas encore, c'étaient les engrais: ceci explique leur installation sur les terres limoneuses riches de l'Europe occidentale à l'Europe orientale. Les méthodes agricoles très primitives exigeaient en effet des terres fertiles, mais après un certains temps, celles-ci étaient épuisées, le moment était alors venu pour le paysan néolithique de partir avec armes et bagages à la recherche de nouvelle terres... D'ailleurs, il chassait ou pêchait encore de temps en temps: il y avait aussi du sanglier, du brochet et de la perche au menu, parfois. On considère en général, que cette civilisation a disparu de nos régions vers 3800 avant Jésus-christ. Une maladie contagieuse a-t’elle décimé ces communautés si peu armées devant les épidémies ? Des rivalités intestines les ont elles exterminées, ou furent elles massacrées par des chasseurs mésolithiques voisins ? Ou leur déclin a-t’il été provoqué par un changement de climat, accompagné d'une extension de la forêt vierge atlantique ? Dans nos régions, la culture de Rôssen aurait succédé à la civilisation à céramique rubanée.